"Bancalou" s'en est allé...

Publié le 27 Avril 2013

Tous les chats sont exceptionnels mais certains sont plus exceptionnels que d'autres.

Au mois de janvier 2002 deux chats mâles adultes avaient été trouvés dans le parc du Centre Médical de Bligny. Un roux et un noir, identiques par la taille mais pas par le caractère ! Autant le roux s'était rapidement montré familier, autant le noir avait affirmé avec force son caractère indépendant. De leur passage obligé chez notre vétérinaire ils avaient reçu une identité, le noir était devenu Castor et le roux Pollux. Je ne vous dis pas ce qu'ils avaient perdu... vous le devinez aisément.

Tous deux avaient également subi un test de dépistage des maladies spécifiques aux chats et Pollux s'était révélé porteur du virus FIV, souvent appelé sida du chat. Pour cette raison il n'était pas retourné là où nous l'avions trouvé, je l'avais gardé chez moi. C'est lui qui, par la suite, avait été adopté en même temps qu'Ashley dont je vous ai récemment raconté l'histoire.

Castor, l'ombrageux chat noir qui ne serait jamais adopté en raison de son caractère épouvantable, retourna dans le parc de Bligny pour vivre sa vie de "chat libre".

Un an plus tard, soit le mois de janvier 2003, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un appel de la fourrière de Gennevilliers où Castor, trouvé blessé à Rungis, avait été conduit. Nous ne saurons évidemment jamais comment il s'était retrouvé si loin du parc de Bligny.

Je le récupérai avec une très vilaine fracture sur une patte arrière. Le Docteur Grosset chez qui je le conduisis immédiatement n'avait jamais vu un pareil traitement sur une fracture. Quel vétérinaire avait pu pratiquer une telle intervention ? La patte avait été repliée exactement à l'inverse de ce qui aurait du être fait et des esquilles étaient restées dans la plaie. Si cette patte pouvait être sauvée par une délicate chirurgie, Castor resterait toutefois infirme et bien entendu, je n'allais pas rendre sa liberté à un chat handicapé, lui aussi resterait chez moi.

Sa convalescence se déroula en cage et notre blessé manifesta son mécontentement de toutes les façons possibles. Quand il put en sortir il inspecta le jardin et ne tarda pas à en franchir les limites. Très vite il prit l'habitude de ne pas rentrer le soir ; il avait sans doute le désir d'élargir son territoire et je m'obligeai à ne pas m'inquiéter car il revenait au matin.

C'est après une longue absence de trois jours que je lançai un avis de recherche à l'aide d'affichettes dans les environs. Il ne devait pas être le seul chat noir visible dans le secteur mais il était sans doute le seul qui ait une patte arrière raide. Cette particularité n'avait pas échappé à Chantal chez qui notre explorateur était arrivé en traversant le grand champ qui sépare nos maisons.

Après quelques jours d'enfermement je rendis sa liberté à Castor. Le lendemain je reçus un appel de Chantal chez qui j'allai à nouveau chercher notre chat car, il faut bien le dire, Chantal et Laurent étaient déjà pourvus en chat et en chien et ne désiraient pas accueillir un nouvel animal.

Je ne me souviens plus du nombre de fois où je suis allée le récupérer, toujours à la même adresse où il avait décidé de s'établir. Finalement je conclus un accord avec ce couple sympathique. Puisque c'était ce qu'il voulait Castor, qui avait reçu le surnom affectueux de Bancalou, resterait dans ce jardin mais ne serait pas autorisé à entrer dans la maison. C'était ferme et définitif !! Pour faire pardonner cette intrusion je remis un peu de nourriture à la nouvelle gardienne (forcée) de Bancalou.

Un soir un orage éclata et je me demandai si notre chat trouverait un abri où s'il saurait se faire admettre dans un petit coin de la maison, juste pendant l'orage ... J'eus la réponse le lendemain matin. Chantal m'appela pour me rassurer : Laurent avait accepté d'abriter Bancalou qui serait désormais autorisé à entrer dans la cuisine. Pas ailleurs ! Jamais ailleurs !

De temps en temps notre couple s'absentait pour quelques jours de vacances. Pour que Bancalou ne reste pas seul et sans nourriture, Chantal me l'apportait dans une cage de transport et je le mettais immédiatement sous clé, en cage ! A leur retour Chantal m'appelait pour me donner le signal du lâcher du fauve ! Une heure (ou moins) plus tard, nouvel appel pour confirmer le retour de la bête.

Avec sa détermination sans faille et son caractère bien trempé, Bancalou pris possession des lieux,pas seulement la cuisine... s'imposant sans problème aux animaux légitimes et finit par gagner le coeur du maître de maison qui fut bientôt le seul à pouvoir le toucher.

Je me souviens d'un épisode où j'avais trouvé Bancalou dans mon jardin alors qu'il n'y était pas réapparu depuis des mois. Impossible de l'approcher, il grondait, regard étincelant, queue frénétiquement agitée et semblait ne plus savoir retourner chez lui. Ah oui j'allais oublier de vous dire : chez Chantal et Laurent c'était devenu "chez lui" car il avait été officiellement adopté, avec toutes les prérogatives que lui conférait ce nouveau statut. Ce jour là donc, face au fauve noir furieux, j'appelai Laurent à la rescousse qui, seul parvint à le guider sur le chemin du retour.

Récemment, je croisai Chantal et bien entendu, je lui demandai des nouvelles de Bancalou. C'est ainsi que j'appris la nouvelle... Bancalou s'en était allé au paradis des chats, un bête problème rénal avait eu raison de lui. Avant que Chantal ne me le dise, je le savais déjà : jamais ils n'oublieraient ce chat là, un chat tellement exceptionnel !

"Bancalou" chez lui !!

"Bancalou" chez lui !!

Rédigé par Monique

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