Les aventures de l'ARCHE (Essonne) PERDUE

Publié le 20 Octobre 2013

Je vous ai récemment raconté le difficile accouchement de l'association qui serait chargée de la gestion du refuge départemental "L'Arche Essonne". Si j'ai un peu tardé à vous raconter la suite, c'est que j'étais ailleurs, sur le terrain, mais ceci est une autre histoire dont je vous parlerai bientôt aussi.

Revenons à Villebon-sur-Yvette en 1993, l'association existe sur le papier et le refuge a ouvert ses portes au mois de septembre.

Depuis 1987 j'avais rejoint le Conseil d'administration de la Confédération Nationale - Défense de l'Animal. J'avais ainsi eu l'occasion de visiter de nombreux refuges, et de relever les meilleures idées comme cette superbe chatterie/duplex du refuge de Brignais, appartenant à la SPA de Lyon et du Sud-est, pour ne citer que cet exemple. Bien avant que le refuge ne soit construit à Villebon-sur-Yvette, j'avais conseillé à Gérard Nevers d'emmener l'architecte choisi, faire une visite des réalisations les plus intelligentes en matière de refuge. Mes suggestions sont malheureusement restées lettre morte.

Quelle déception la première fois que j'ai poussé la porte de l'Arche ! Les boxes des chiens dépourvus de courettes individuelles librement accessibles aux animaux étaient plus appropriés dans une fourrière, où les rotations sont rapides, que dans un refuge. Une chatterie collective, sorte d'aquarium vitré, qui ne prévoit pas davantage d'aire de jeux grillagée en plein air. Pour en faciliter le nettoyage, une structure métallique, sorte d'étagère comme on en voit dans les ateliers ou les salles d'archives était érigée au centre de la pièce. Pour le "confort" des chats quelques serpillères y avaient été déposées. Voilà qui se confirmait, l'architecte choisi par Gérard Nevers ignorait tout des besoins des animaux transitant dans un refuge. Pour la somme investie dans cette réalisation je m'attendais à voir un refuge quatre étoiles !

La première déception passée, voyons comment fonctionnait ce refuge. En composant le numéro de téléphone, on était invariablement mis en communication avec un répondeur. Un message enregistré indiquait les jours et heures d'adoption : deux dimanches après-midi par mois les deux premières années puis, à partir de la fin de l'année 1995, tous les dimanches de 14 heures à 17 heures et, autre nouveauté, sur rendez-vous. Le répondeur était tout de même enregistreur : il vous invitait à laisser vos coordonnées ainsi que le motif de votre appel. J'ai testé pour vous : avec un peu de chance, vous étiez rappelé dans la journée.

Un détail croustillant : dès l'entré le visiteur était accueilli par un panneau qui indiquait, je vous cite de mémoire "Cet établissement n'est pas un zoo, si vous n'avez pas l'intention d'adopter, vous n'avez rien à faire ici. " Les mots utilisés n'étaient peut-être pas ceux là mais le sens du message est restitué.

Le Conseil d'Administration de l'Association de gestion encourageait-il un tel fonctionnement ? Vous vous souvenez de sa composition ? Si vous avez oublié le vous le rappelle :

Le Président Gérard Nevers, Conseiller général et Maire de Villebon sur Yvette, dix vétérinaires, deux représentants de l'Union des Maires, deux représentants du CDPAE (Comité Départemental de Protection Animale de l'Essonne dont l'objet était notamment de favoriser le développement d'une meilleure harmonie de l'homme avec son environnement animal). En théorie il y avait aussi cinq représentants des associations de protection animale du département mais le seul représentant de cette catégorie avait présenté sa démission après quelques mois.

Il n'est pas inutile de le rappeler : l'association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d'une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. L'absence d'un tel engagement serait de nature à remettre en cause la qualification d'un tel regroupement d'individus.

On distingue

1/ des membres actifs : la nature et l'étendue de leur engagement bénévole sont fonction à la fois de leur disponibilité et de leurs compétences. Les bénévoles sont par définition actifs. Ce sont eux qui acceptent d'assumer des fonctions dirigeantes (Conseil d'Administration), ils prennent des responsabilités et se chargent de l'organisation des activités sur un plan concret.

2/ des membres passifs : ils se contentent de soutenir financièrement l'association sans s'y engager, ni en profiter.

3/ des utilisateurs/clients/bénéficiaires du bien ou du service proposé par l'association. Selon le bénéfice qu'ils en retirent, les utilisateurs de l'association participent financièrement de manière plus ou moins importante. Leur contribution financière est la stricte rémunération du service dispensé par l'association. Sur le plan juridique ils ne peuvent être qualifiés d'adhérents.

Mettre en commun, fort bien, mais les Administrateurs de cette association n'avaient pas la moindre idée de ce que doit être le fonctionnement d'un refuge. Incontestablement ils avaient des compétences mais dans d'autres domaines. Ils ignoraient aussi que les dirigeants sont des bénévoles. De très nombreux vétérinaires essonniens, y compris les dix Administrateurs, venaient, à tour de rôle, prodiguer des soins aux animaux du refuge. Pour ce travail, ils étaient tous rémunérés.

Les Administrateurs de cette association auraient dû la faire rayonner, rechercher des membres actifs mais aussi des passifs (voir plus haut), susciter des dons, ouvrir largement les portes du refuge pour enregistrer un maximum d'adoptions.

Or, leur recherche s'est concentrée sur des "clients" qu'ils ont appelés "adhérents". En effet, si le Département s'était doté d'une fourrière en 1982 pour accueillir les animaux errants, le service de capture n'était pas proposé. Les captures restaient à la charge des services municipaux.

Voilà le service que l'Arche Essonne a proposé aux Municipalités : les captures. Au mois de mars 1996, Gérard Nevers m'indiquait que le refuge comptait cinquante trois adhérents. Le montant de ce qu'il appelait indûment l'adhésion étant fonction du nombre d'habitants de chaque commune.

Un refuge qui compte des adhérents ? Où est donc passée l'Association, celle qui a mis dix ans à voir le jour ?

 

 

Quelque deux ans après sa création, l'association de gestion du refuge animalier est jetée aux oubliettes et l'Arche-Essonne est municipalisé. La structure demeure toutefois la propriété du Département.

Quelque deux ans après sa création, l'association de gestion du refuge animalier est jetée aux oubliettes et l'Arche-Essonne est municipalisé. La structure demeure toutefois la propriété du Département.

Voilà donc le refuge départemental confié aux seuls employés municipaux de Villebon sur Yvette avec une organisation très particulière. Le refuge est ouvert quelques heures le dimanche, sauf au mois d'août, et sur prise de rendez-vous via le répondeur téléphonique. Dans un article du Républicain en date du 8 août 1996, la Directrice répond à certaines critiques que j'avais formulées : "Nous ne pouvons pas ouvrir tout le temps, cela demande trop de travail. Ce système de répondeur nous permet d'avoir plus de disponibilité ailleurs".

Disponibles pour quoi faire ? "Pour répondre aux besoins de la cinquantaine de communes essonniennes qui adhèrent à l'Arche. A la fin de sa première année de fonctionnement, les équipes de capture avaient parcouru près de 22 500 kms. " La Directrice enchaîne : "On persiste à penser qu'une ouverture plus systématique est une perte de temps et surtout une source de stress pour les animaux.". D'où la pancarte que j'avais remarquée lors de ma première visite.

Les gestionnaires de l'Arche-Essonne apparaissaient comme de fins stratèges. Dans les refuges bien organisés une règle est observée : ne jamais exiger un paiement lors des abandons. Cette pratique constitue dans la majorité des cas, la meilleure façon de provoquer les abandons sauvages.

Or, à Villebon-sur-Yvette les abandons étaient tarifés et affichés à l'entrée :

- chiens: de 200 à 400 francs (de 31 à 62 €) suivant la taille et, tenez-vous bien, de 600 à 800 francs (92 à 123 €) si l'animal est âgé.

- chats : 200 francs (31 €) et plus si l'animal est âgé.

Qui abandonne son animal dans un refuge ?

- Les personnes qui sont confrontées à de graves difficultés économiques. L'abandon obligé est un stress ajouté au problème personnel. Demander de l'argent à de telles personnes est une aberration.

- Ceux qui sont confrontés à un réel problème de santé, le plus souvent une allergie manifestée par un enfant. C'est seulement après avoir frappé en vain à la porte des amis, des parents, qu'ils prendront le chemin du refuge. Ces personnes sont toutes disposées à faire un don, à adhérer à l'association ( plus d'association) si elles rencontrent compréhension et chaleur humaines. Elles se disent choquées par l'abandon tarifé.

- Ceux qui, après avoir satisfait un caprice, s'aperçoivent des contraintes que représente un animal, le plus souvent à la veille des vacances. Ce sont les plus nombreux. Parmi ceux là certains accepteront de payer, trop contents d'être débarrassés, quel qu'en soit le prix. D'autres attacheront si peu d'importance à leur animal qu'ils n'hésiteront pas à s'en débarrasser en l'abandonnant n'importe où sans bourse délier !

- Restent les propriétaires de chattes non stérilisées qui se retrouvent avec des chatons "sur les bras". Par souci d'économie ces gens là ont rarement, sinon jamais, poussé la porte d'une clinique vétérinaire. Il ne vont certainement pas débourser une somme équivalente à l'ovariectomie/tatouage d'une chatte pour se débarrasser des chatons. "Houste ! A la rue ! Les chats se débrouillent très bien sans nous !"

Les méthodes des protecteurs du dimanche de Villebon-sur-Yvette étaient incontestablement de nature à éloigner le public et à favoriser les abandons "sauvages".

Revenons-en aux animaux capturés. A l'ouverture de l'Arche-Essonne en 1993, notre Département était contaminé par la rage depuis 1986. Seuls les animaux tatoués et valablement vaccinés contre la rage étaient restitués à leur propriétaire contre le paiement des frais de fourrière.

Les autres étaient transférés à la fourrière départementale où ils risquaient fort d' être euthanasiés. Certains avaient une petite chance d'échapper à l'euthanasie légale si les maîtres parvenaient à prouver qu'ils étaient vaccinés. Mais comment authentifier une vaccination si l'animal n'est pas identifié par tatouage ou puce électronique ? (Le certificat de vaccination comporte l'identité de l'animal).

Oui mais... au mois d'avril 1996 tout change pour nos animaux trouvés : l'Essonne est retiré de la liste des départements contaminés de rage. Les animaux non réclamés par leur propriétaire deviennent la propriété du gestionnaire de la fourrière et peuvent être confiés à une association qui gère un refuge en vue d'être adoptés ! Retour à Villebon-sur-Yvette ? Euh ??? Il n'y a plus d'Association de gestion...

Sale temps pour les protecteurs du dimanche ! Qu'allaient-ils faire sans le secours de la providentielle obligation d'euthanasier les animaux errants non réclamés par leur propriétaire ? Accueillir ces animaux et ouvrir plus souvent le refuge aux adoptants ? Vous n'y pensez pas, c'est trop de stress pour les animaux ! Et quelle perte de temps pour le personnel !

Le Comité Départemental de Protection Animale dont deux représentants siégeaient dans la défunte association allait-il trouver une solution ? Avec les millions de francs de fonds publics qu'il avait ponctionnés depuis sa création, il n'avait jamais rien fait d'autre que de publier de coûteux annuaires inutiles, ou appris aux enfants comment fonctionnent une poule ou une mygale.

Alors que la prolifération des animaux domestiques est la préoccupation majeure de tous les protecteurs d'animaux, il n'avait jamais lancé une campagne d'information en faveur de la stérilisation des chats, jamais aidé des personnes nécessiteuses à faire stériliser leurs animaux. Mieux, dans une de ses publications, il conseillait de faire reproduire les chattes deux fois par an !

Pour organiser avec succès un refuge pour animaux, on peut apprendre la gestion dans une école, acquérir des connaissances en droit, en médecine vétérinaire mais il faut un quelque chose de plus, d'indéfinissable, peut-être un amour irraisonné et véritable des animaux. Il est bon aussi de bénéficier de l'expérience de ceux qui nous ont précédés dans ce difficile combat qu'est la protection animale, si souvent méprisé.

L'ARCHE-ESSONNE a fermé ses portes au mois de mai 2008 après à peine quinze années d'existence.

Vous l'aurez peut-être remarqué en lisant le compte-rendu de la réunion du Conseil Municipal qui a municipalisé le refuge animalier, le Conseil général avait prévu la construction d'autres refuges dans le sud, l'est et l'ouest du Département, le refuge de Villebon-nord étant le "pilote".

Les Conseillers généraux des années 1990 étaient-ils réellement concernés par la protection des animaux ? Je ne vous dirai pas ce que j'en pense. Lors des fréquents contacts que j'avais dans ces années là avec mes aînés, les responsables de grands refuges en région, comme on dit maintenant, à Lyon, à Dijon, à Angers, je faisais rire tout le monde quand j'évoquais le refuge départemental et son coût de construction.

- << Il est en marbre de Carrare ton refuge, les grilles des boxes sont plaquées or ? >>

Que sont devenus les "Aventuriers de l'Arche (essonne) Perdue" ? Ceux qui étaient à l'origine de sa création.

Gérard Nevers, Conseiller général, Maire de Villebon-sur-Yvette, décédé au mois de mars 2003 à l'âge de 55 ans.

Michel Pelchat, Conseiller général en charge de l'Equipement, décédé le 12 février 2004 à l'âge de 68 ans.

Jean Coulombel, Conseiller général, Président (après Xavier Dugoin) du Comité Départemental de Protection Animale de l'Essonne, décédé le 13 juillet 2000 à l'âge de 78 ans. Il n'aura pas longtemps survécu à son Association - le CDPAE dissout le 27 septembre 1999.

Récemment, apprenant les grandes difficultés d'un des plus anciens refuges du Département, celui de l'ARPA à Ris-Orangis, je me suis demandé ce qu'était devenue la chère structure départementale et je suis allée voir et photographier.

30 septembre 2013 - J'ai bravé les panneaux "CHANTIER INTERDIT AU PUBLIC"
30 septembre 2013 - J'ai bravé les panneaux "CHANTIER INTERDIT AU PUBLIC"
30 septembre 2013 - J'ai bravé les panneaux "CHANTIER INTERDIT AU PUBLIC"

30 septembre 2013 - J'ai bravé les panneaux "CHANTIER INTERDIT AU PUBLIC"

Tout ça pour ça !

Ce machin à plus d'un million et demi d'euros, au toit en tôle rouillée, sert aujourd'hui de baraques de chantier pour l'aménagement de l'échangeur de Courtabeuf sur l'autoroute A 10.

A la fin des travaux, il aura disparu. C'est ce qu'a confirmé Dominique Fontenaille, Maire de Villebon-sur-Yvette et Président de la Commission des finances du Conseil général. Je serais surprise que ce gâchis l'empêche de dormir.

L'Arche-Essonne c'est, sur cette photo aérienne, le petit rectangle blanc près de l'autoroute.

L'Arche-Essonne c'est, sur cette photo aérienne, le petit rectangle blanc près de l'autoroute.

N'y a t-il aucun moyen de sauver le bâtiment ? Est-il envisageable d'obtenir un dédommagement de la part de la société de l'aménagement de l'échangeur de Courtabeuf pour construire quelque chose ailleurs ? C'est ce que je vais demander à Jérome Guedj, notre Président du Conseil général de l'Essonne.

Rédigé par Monique

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M
Cette chronique des multiples gâchis autour de la protection animale fend le coeur - est-ce une fatalité ? et d'une façon générale, comme les pouvoirs publics, nos représentants, fichent joyeusement en l'air tout ce bel argent de nos impôts !
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M
Je pense que l'argent n'a pas été gâché pour tout le monde ! A la même époque &quot;L'évènement&quot; titrait Essonne : petites combines autour d'un gros fromage. L'actuel Conseil général verse tout de même des subventions aux associations qui font un vrai travail. Mais cette vision de l'Arche-Essonne a été un vrai choc pour moi.