J'aime pas les animaux !
Publié le 20 Juillet 2014
Rassurez-vous, ce n'est pas moi qui parle ainsi mais la personne qui m'appelle depuis les services techniques du Centre Hospitalier de Bligny, vendredi après-midi.
Il se croit obligé de réitérer son affirmation : "Jaime pas les animaux mais là j'ai pitié de ce petit chaton découvert dans l'atelier, je ne sais pas ce qu'il fout là..."
Pas terrible comme début de conversation mais nous allons finir par nous entendre puisqu'au moins il a pitié d'un chaton en détresse. Je ne vais pas lui dire que je n'aime pas les gens qui n'aiment pas les animaux ...
Que ce Monsieur se rassure, s'il n'aime pas les animaux, son cas n'est pas isolé, loin s'en faut puisque sur son lieu de travail, ceux qui s'intéressent au sort des chats abandonnés se comptent sur les doigts d'une main. En fait, il ne sont que deux qui apportent leur contribution !
Deux adhérentes pour notre association créée il y a 24 ans, parmi les centaines de personnes qui travaillent et qui habitent pour certains à Bligny. Durant la période la plus faste ils étaient quatre.
Trêve de bavardage, mon interlocuteur me donne son nom en précisant bien qu'il ne souhaite pas que j'en fasse mention sur les réseaux sociaux ! Loin de moi cette idée, je veux juste savoir qui je dois demander quand je vais arriver aux services techniques.
M'y voilà, ma cage de transport à la main. Pour détendre l'atmosphère je demande à la cantonade : "Où est-il l'homme qui n'aime pas les animaux ?"
Un homme jeune et plutôt sympathique comprend que je viens chercher le chaton auquel il a proposé une soucoupe d'eau. Mon correspondant téléphonique ne se montre pas, il craint peut-être que je veuille le prendre en photo pour la publier sur les réseaux sociaux !
Je vois "la bête" sur le sol, il est tout petit ce chaton, bien trop petit pour boire à la soucoupe.
Dans l'atelier ce jeune homme sympathique n'est pas seul. Il y a un autre homme qui, lui non plus n'aime pas les chats ! Il me prend à partie.
-" Y'a trop de chats ici, c'est la faute des gens comme vous, et pis y'en a marre que vous arrachiez les grilles des sous-sols ! "
- "S'il y a trop de chats à Bligny, c'est que des cons viennent les y abandonner ! C'est aussi que parmi le personnel logé sur place, il y a des propriétaires de chats non stérilisés qui trouvent pratique de se décharger de leurs responsabilités sur notre association !"
- "Si vous arrêtiez de les nourrir, ils partiraient ailleurs ! A cause des chats les sous-sols sont dégoûtants, on voit bien que vous n'y allez pas dans les sous-sols ! "
- " Eh si Monsieur j'y suis allée dans les sous-sols, très souvent au début de notre activité pour capturer les chats qui s'y cachaient et qui y trouvaient un peu de chaleur. J'y suis encore allée au mois d'octobre 2013 pour délivrer les chats que la Direction y avait fait enfermer en faisant grillager les soupiraux ! Pour m'y rendre j'ai du me faire donner un accès et j'en ai sorti plusieurs qui étaient condamnés à mourir de faim et de soif " (voir les articles de cette période).
Il y a un point avec lequel je suis d'accord avec le grincheux : Les sous-sols sont dégoûtants et maintenant je préfère que les chats cessent de s'y réfugier. Ils disposent d'abris confortables que nous leur avons confectionnés à partir de caisses en polystyrène garnies de foin à lapin (articles de novembre 2013).
1990 - Sous sol de Despeaux...voilà le genre de spectacle que nous avons découvert. Ils étaient innombrables les cadavres des chats empoisonnés. Celui-ci n'a même pas été ramassé avant de peindre les murs.
Ce sont sans doute les chats qui jettent des mouchoirs sales dans les escaliers qui donnent accès au sous-sol ...
Novembre 2013 - Je suis venue vérifier que la gamelle "témoin" de croquettes que j'ai déposée dans ce sous-sol est intacte pour m'assurer qu'aucun chat n'y est plus prisonnier. Voici ma découverte dans le faisceau de ma torche... un chat mort au milieu des canettes vides.
Gobelets vides, gants chirurgicaux jetés devant un soupirail... les humains seraient-ils plus sales que les chats ?
De charmantes gloriettes sont disposées dans le parc, elles datent du début du XXème siècle et sont entretenues pour le plus grand plaisir des promeneurs, patients et leurs visiteurs.
On y trouve même .... un excrément qui ne me semble pas provenir d'un chat si j'en juge par le papier qui l'accompagne !! Alors qui sont les plus dégoûtants ?
Pour en revenir à mon aimable conversation de vendredi, j'affirme que ne pas nourrir les chats ne les fera pas partir ailleurs.
- "Vous n'y connaissez rien ! " - là vous l'avez compris, c'est le grincheux qui parle.
- "Il y a trente ans que je m'occupe de chats et de leur protection ..."
- Eh bien, il y a trente ans que vous n'y connaissez rien ! "
Si par hasard, cette agréable personne lisait cet article, je souhaite lui rappeler que les chats abandonnés dans le parc de Bligny ne datent pas de la création de notre Association.
En 1990, Monique D. alors infirmière me racontait que, déjà à l'époque lointaine de sa tante, infirmière comme elle-même, les chats abandonnés qui proliféraient dans le parc étaient empoisonnés ! En 1990 il y avait dans les services, des panneaux annonçant l'interdiction de nourrir les chats. Bien évidemment beaucoup étaient nourris en cachette, les patients qui avaient pitié de ces pauvres bêtes faméliques se privaient de leurs repas pour les donner aux chats.
Lors de ma première visite dans ce parc j'ai été stupéfaite de voir des papiers gras, des feuilles d'aluminium, des raviers qui contenaient ou avaient contenu des restes de nourriture, partout autour des bâtiments.
C'est Nicole T. dont le mari travaillait aussi aux services techniques qui était venue me raconter la misère des chats et les "déchatisations" renouvelées tous les dix huit mois ou deux ans. Un médecin, le seul de Bligny qui se soit impliqué dans notre activité, m'a confirmé cette triste réalité.
N'en déplaise à certains, l'activité de notre association à laquelle pratiquement personne ne participe sur place, a déchargé la Direction de ce Centre de santé, du problème que représente la prolifération incontrôlée des chats. Ils y sont nourris dans de bonne conditions et de nombreux patients nous manifestent leur satisfaction de savoir que les chats y sont bien traités.
Non, je ne vais pas terminer ce billet sans vous présenter le bébé qui pesait 276 grammes vendredi après-midi.
Quand je le prends dans mes mains pour lui donner son biberon, il agite les pattes et dix petites épines me labourent les doigts et dix autres me griffent la paume de la main.
Voilà tout va bien, quand il a le ventre plein, il dort. Quand il se réveille il ne braille pas comme certains bébés humains, il se contente d'un petit miaulement discret.
Quand il a fini de boire, je stimule, avec une lingette, la partie de son corps où se situent les évacuations et ça fonctionne ! Et comme il est content, il ronronne.
Je pense que je vais l'appeler JAZZ.
Si vous rêvez d'adopter un chaton noir, c'est le moment de vous manifester.

