Soprano était un chat libre
Publié le 11 Décembre 2015
Au cours de l'année 2000 notre association avait répondu à l'appel d'une résidente d'un Foyer logements, qui se désolait de voir proliférer des chats dans le parc de l'Etablissement. Cette année là nous en avons capturés dix neuf. Nombre d'entre eux n'ont pas été remis sur leur territoire quand nous avions une autre solution pour eux ou un espoir de les faire adopter.
Bénédicte a accueilli Louna et ses six chatons, Annick a adopté Raphia, chat ataxique. J'ai gardé Félix qui n'aura survécu que quelques mois à la tumeur dans l'oreille que notre vétérinaire avait tenté d'extraire, Blanco est aussi resté chez moi, il était âgé et insuffisant rénal, il n'aura vécu que deux petites années en ma compagnie. La plupart des chatons a été adoptée quand ils ont été recueillis assez jeunes.
L'année suivante ce sont six nouveaux chats que nous avons capturés pour les faire stériliser et identifier. Parmi eux, il y avait Saga, gestante, et Soprano, un jeune mâle tigré. Ces deux là avaient été pris sous l'aile de la gentille mamie de petite taille qui avait fait appel à nous. Elle les nourrissait et les laissait souvent entrer dans son petit logement.
Il faut savoir que cette Résidence se trouve à une vingtaine de kilomètres de notre village. Comme vous vous en doutez, il ne suffit pas de disposer une trappe de capture pour y voir entrer un chat dans les minutes qui suivent. Il faut parfois des heures de patience pas toujours récompensées.
La première année j'ai passé des heures installée dans ma voiture à surveiller nos trappes. Les jours d'hiver je prenais soin d'apporter un thermos de café. Le froid venu, le spectacle des chats grelottant dans le parc était insupportable, tous n'avaient pas la chance d'avoir apitoyé un ou une résidente. Bénédicte et moi avons installé, pour eux, deux beaux abris garnis de paille, à l'arrière du bâtiment, avec l'accord de la Direction.
Au cours de nos fréquents passages dans cet établissement nous avions fait connaissance de plusieurs résidents et tenté de les convaincre de participer soit à la capture, soit au nourrissage des chats. Une seule personne avait accepté du bout des lèvres de distribuer nos croquettes. Une précision s'impose, les résidents sont des personnes valides. Elles préféraient paresser, calées dans un fauteuil à regarder des feuilletons débiles à la télévision.
J'avais aussi approché la Directrice pour trouver une solution au problème des captures. Elle avait donné son accord pour qu'un jardinier dispose et surveille les trappes et, mieux encore, qu'un membre du personnel se charge de conduire les trappes garnies chez un vétérinaire des environs qui nous consentait des tarifs préférentiels. Il était entendu que je serais prévenue et que j'irais récupérer les chats opérés pour assurer leur convalescence chez moi.
Des jours ont passé sans que je reçoive le moindre appel. Mieux que de téléphoner, je me suis rendue sur place pour constater que les deux trappes que j'avais laissées dans un couloir n'avaient pas bougé. Les gamelles disposées dans quelques points de nourrissage abrités étaient vides et sèches. La paille dans les abris n'était jamais aérée, en sortant, les chats en entraînaient à l'extérieur, elle n'était ni ramassée, ni remplacée. Le découragement pointait à l'horizon ...
J'avais repéré, au fond du parc, une petite construction qui abritait une chaudière désaffectée et du matériel réformé, four, aspirateur, etc. Débarrassé de ces encombrants, ce petit local aurait pu être aménagé. La grille d'aération présente sur la porte aurait été remplacée par une chatière, quelques panneaux d'isolant sur les murs et des étagères pour recevoir des couchages confortables, en auraient fait un abri parfait pour nos protégés.
Consultée, la Directrice me conseilla de m'adresser à la Mairie de Paris, propriétaire des lieux. Ce que je fit sans succès.
J'avais obtenu que Michèle, une protectrice qui habitait à quelque six kilomètres du parc, y passe de temps en temps pour recharger les gamelles si nécessaire.
De loin en loin je recevais des nouvelles et j'allais porter de la nourriture pour Saga et Soprano, petit cadeau de l'association, à la mamie qui en était devenue membre.
Au mois de mars 2002, j'ai réussi à capturer un joli jeune chat roux et blanc que j'ai appelé Nougat. Il était trop jeune pour être stérilisé et il n'est jamais devenu assez familier pour séduire d'éventuels adoptants. Il est devenu un beau et gentil chat, indépendant.
Au mois d'août 2004, Michèle m'a apporté un chaton qu'elle avait "cueilli" sous une haie du parc ...
Un jour j'ai appris le décès de la gentille mamie de petite taille, Saga et Soprano orphelins étaient désormais privés du confort relatif qu'ils avaient connu. Ils continueraient de vivre sur ce territoire en chats... libres.
12 NOVEMBRE 2015
J'ai reçu un appel de la SACPA, fourrière de Souzy la Briche, un chat accidenté, nous appartenant, venait de leur être apporté. son tatouage DTR122, son nom SOPRANO. Il avait été ramassé non loin du lieu où je l'avais connu.
J'ai prévenu nos vétérinaires habituels que j'allais leur apporter un chat accidenté et je me suis rendue à Souzy la Briche. Je n'ai pas vu SOPRANO, une employée l'a installé dans la cage de transport que j'avais apportée. La route entre la fourrière et la clinique vétérinaire n'est pas très bonne. Je pris toutes les précautions pour que le blessé ne souffre pas, il lui arrivait pourtant de grogner. J'imaginais sa souffrance, l'employée avait suggéré que SOPRANO avait le bassin fracturé.
Un bassin fracturé ne nécessite pas d'intervention chirurgicale. Il suffit de garder le blessé en cage pendant un mois environ. SOPRANO avait quatorze ans. Je savais déjà où j'allais l'installer et je pensais que ce que je n'avais pas pu offrir à BUG, une retraite paisible, au chaud avec une gamelle bien garnie, je le donnerais à SOPRANO.
Je l'ai confié à notre vétérinaire et je suis rentrée chez moi en attendant des nouvelles. Deux heures plus tard, elle sont arrivées.
Température : 34 °, très forte anémie, taux d'urée impressionnant et surtout un enfoncement du bassin que la simple "cagéothérapie" ne suffirait pas à traiter. Pour faire baisser l'urée, il faudrait des perfusions qui ne feraient qu'aggraver l'anémie. Il souffrait et ne se laisserait pas facilement manipuler une fois sorti de l'anesthésie qu'il avait fallu réaliser pour l'examiner.
J'ai compris ce que ce commentaire suggérait. SOPRANO ne devrait pas sortir de son anesthésie. Combien d'années de galère avait-il vécues pour en arriver à cet état de grande misère physiologique ? Dans quel état de faiblesse était-il pour ne pas avoir pu éviter la voiture qui l'a heurté ?
Au contraire de SOPRANO, NOUGAT qui n'a jamais été un chat libre va bien. Au fil des années ses problèmes de santé ont été traités par un vétérinaire. A bientôt quatorze ans, c'est un papy tranquille, sourd comme un pot, que je m'efforce de mettre au chaud tous les soirs car les nuits fraîches ne sont plus de son âge ...
Je n'aime pas l'idée de créer des "chats libres" car je ne crois pas qu'ils puissent être heureux. Ils ne sont que des pauvres bêtes vivant sans soins, dans la précarité, La finalité c'est uniquement d'éviter la multiplication de ces malheureux animaux et je suis heureuse chaque fois que je trouve une bonne raison pour ne pas remettre un chat dehors
Jamais les associations ne répéteront assez qu'il faut stériliser les chats et chattes car il n'y a pas d'adoptants pour tous les chatons qui naissent, en vagues successives, du printemps à l'automne.
Au cours des mois pendant lesquels j'ai fréquenté cet établissement je n'ai pu que déplorer l'inertie des Résidents, la mauvaise volonté de la Direction et l'indifférence de la Mairie de Paris.
Un peu comme les enfants qui s'inventent des histoires : "On dirait que je suis une Princesse..." je me suis raconté un Conte de Noël dans lequel tout serait éloigné de la triste et désespérante réalité. Je l'ai titré "Un vrai Conte de Noël"... c'est dire que l'imagination n'est pas dans le titre, elle est ailleurs ...
Ce Conte, je l'avais envoyé, en son temps, à nos Adhérents abonnés à ce qui était "La Lettre des Amis des Chats de Bligny". Je vais l'extraire de mes archives et vous le proposer puisque la saison s'y prête tellement bien.

